L'intelligentsia en exil à partir de 1917
Certains intellectuels partent rapidement après les événements de 1917, comme Bounine et Aldanov qui refusent en bloc le nouveau gouvernement. D'autres pensent que le régime qui s'installe pourrait soutenir les artistes de l'avant-garde, et certains, comme Marc Chagall veulent tenter l'aventure. Ce dernier décide finalement de quitter la Russie en 1922. Il revient en France avec sa famille. Il sera enterré à Saint Paul de Vence.
Comme lui, beaucoup d'intellectuels prennent le chemin de l'exil ou s'installent en Occident au gré de diverses opportunités, tournées, expositions ou contrats de travail. La mise en place de la NEP (Nouvelle Politique Économique) autorise sous certaines conditions (raisons médicales, études...) les départs à l'étranger. Ils partent tout en espérant pouvoir retourner un jour dans leur pays natal. « Je suis parti en 1923 avec le ferme espoir et la ferme intention de revenir dans les six mois, parce que c’était l’époque de la NEP où tout semblait revenir comme un ordre acceptable », témoigne Georges Adamovitch.1
À la même époque, le gouvernement bolchévique expulse, en 1922 plusieurs centaines d'intellectuels, en les embarquant de force sur des bateaux appelés « Les bateaux des philosophes ». Ces personnes ont le choix de partir en exil en payant leur voyage ou bien de rester en risquant d'être emprisonnées ou exécutées.2
Cette diaspora s'installe dans un premier temps à Berlin où la vie est encore très bon marché jusqu'en 1922-23. Beaucoup se rendent ensuite à Paris, et ceux qui peuvent se le permettre, descendent séjourner sur la Côte d'Azur. En effet, pour nombre d'entre eux la vie reste précaire. Ils doivent trouver un travail alimentaire pour survivre. Le monde culturel français va grandement s'enrichir de cet apport. On retrouve des artistes d'origine russe dans toutes les branches artistiques.
1 Entretien avec Georges Adamovitch mené par Gabriel Matzneff pour l'émission « Série d'archives du XXème siècle » les nuits de France Culture
2 Catherine Gousseff, l'Exil russe, la fabrique du réfugié apatride, CNRS éditions, 2008, p 99-101